Pierre Puiseux, ITI et champion de lutte chinoise

Pierre PUISEUX est en 9e semestre (9S) à IN'TECH. C'est aussi un passionné de lutte chinoise. Un attrait qui l'a poussé à s'investir dans ce sport peu connu et peu médiatisé, et à le poursuivre à son entrée en cycle secondaire, avec les contraintes que cela comporte. Ainsi, il a été amené à disputer les 8 au 9 décembre 2017 les Championnats du Monde de cette discipline, qui se sont tenus à San Francisco.

Un parcours vers les sommets

Pierre PUISEUX a approché les arts martiaux par le judo. Et c’est par hasard qu’il s’est retrouvé à faire de la lutte chinoise. Alors ceinture marron après 3 ou 4 années de pratique, son professeur, Jean-Luc LESUEUR, décide d’enseigner la lutte chinoise. Un art ancien des gardes du corps de l’empereur du pays du soleil levant, dont l’origine remonte au Jiaoli de la dynastie Zhou (XIIe-IIIe siècle avant Jésus-Christ), devenu sport public sous la dynastie Qing (entre 221 et 206 avant J-C). Bien plus ancien que le judo (1882) donc, même si codifié plus tard (1928).

Pierre décide de suivre le projet de reconversion de son professeur, qui va étudier avec les maîtres en Chine. Et c’est ainsi qu’il pratique désormais le Shuai jiao (le nom original de la lutte chinoise) depuis 6 ans maintenant à Mantes-la-Jolie, un des – si ce n’est le plus – gros club français avec… une quinzaine de membres. Une entité rattachée à la Fédération des Arts Énergétiques et Martiaux Chinois (FAEMC), n’ayant assez de licenciés pour prétendre à une Fédération propre.

Le Shuai jiao (ou Lutte chinoise)

Contrairement à la lutte greco-romaine, plus connue chez nous, la lutte chinoise n’autorise pas le combat au sol. Les pieds doivent toujours être sur le tatami ; un simple genou sur la surface de combat donnant des points à l’adversaire.
En Shuai jiao, les règles actuelles autorisent les saisies et les projections mais pas les coups ni les étranglements. Son principe intrinsèque, c’est l’équilibre ; le combattant doit garder le sien et le faire perdre à l’autre. Ce qui fait gagner le plus de point, c’est de faire tomber l’autre sur le dos tout en restant soi-même stable.

« Shuai Jiao » peut être traduit par « faire voyager l’adversaire ». Le sens de voyage se retrouve notamment dans l’entame du combat, qui débute par un face-à-face dans lequel les adversaires se jaugent dans une sorte de danse tournante avant d’engager le corps à corps.

Le départ pour les Championnats du Monde

La sélection française a été faite M. LESUEUR. La FAEMC a payé un peu moins de la moitié des frais, le reste étant à la charge des participants. Pierre a du poser 3 jours de congés dans son entreprise, et en demander un à l’école pour ce faire. En effet, en 9S, il est actuellement en alternance.

Voici donc la sélection à San Francisco, pour participer aux Championnats du Monde de Shuai jiao les vendredi 8 et samedi 9 décembre 2017.

Officiellement, ce sont 25 pays qui ont participé. Chaque pays apportant un effectif de 1 à 20 compétiteurs. Chaque pays pouvait venir avec un maximum de 2 équipes complètes (sans oublier les coachs) ; une équipe complète signifiant un participant par catégorie, pour toutes les catégories proposées. La sélection française comptait 7 combattants, contre 20 pour les États-Unis, une quinzaine pour la Chine, et une dizaine pour l’Italie notamment.

Son très beau parcours

Le jeudi a lieu la première partie de la compétition avec la pesée, déterminant les catégories. Le verdict tombe : Pierre combattera bien comme prévu en -65kg.

Un combat se déroule en 2 round de 3mn avec une pause de 30s entre les deux. Si un des lutteur prend 8 points d’avance sur son adversaire le combat s’achève. Il y a trois manières de marquer des points : les prises (1, 2 ou 3 points en fonction), les sorties (1 point) et les pénalités (1 point).

Deux poules de 4 en -65kg, ce qui annonce 3 combats pour Pierre pour rejoindre les phases finales.
Il débute face au Taïwanais Cheng-Chen CHEN. Outsider, Pierre est bien rentré dans le match, marquant deux à trois points, mais a perdu sa concentration et lui a donné tous les points ensuite. Le verdict est sans appel : 12-4.
Il enchaîne avec un combat face au Japonais Masakazu KOMAI. Ce dernier était venu seul, sans son coach. Pierre a corrigé les erreurs de son entrée en lice, pour lui infliger un 8-0 en moins de 3mn.

Son dernier match sera face au Canadien Amilcar PINEDA, issu de la lutte greco-romaine. Le début fut accroché, il a d’ailleurs marqué deux points, avant de voir le français dérouler. 10-2, cette fois en moins de 4mn.

Pierre est donc qualifié pour la demi-finale des Championnats du Monde, finissant 2e de sa poule.

Il rencontre alors le premier de l’autre groupe, le chinois Zheng WANG. Ici un monde les sépare encore, et Pierre va s’incliner 8-0 face au futur champion de l’épreuve, qualifié de « diamant » par son professeur, tellement son niveau était élevé.

Zheng WANG infligera d’ailleurs en finale un score sévère à 8 points d’écart à Cheng-Chen CHEN, dans un combat qui a pu approcher les 6mn.

Le combat vers la troisième place

Pierre se retrouve donc dans la finale pour la 3e place face à l’Américain Richard Lopez. Ce sera son plus gros match. Dans ce combat très physique, il est mené 4-1 à la mi-temps. Les deux lutteurs ont le même tempérament : pas trop souples, ils jouent beaucoup sur les bras. Prenant la patience comme vertu, Pierre remonte petit à petit les points dans la seconde manche, prenant les devant (5-4) à seulement 40s de la fin. Marquant les deux derniers à l’ultime seconde, il prend avec cette victoire (7-4) la troisième place des Championnats du Monde ! Une performance exceptionnelle, d’autant plus en tenant compte du nombre de licenciés, qui s’ajoute à deux médailles d’argent glanées lors des Internationaux de Lutte Chinoise 2012 et 2016.

A noter que la lutte chinoise est un sport de famille puisque Pierre était accompagnée de ses deux soeurs Magali et Laetitia, respectivement 4e et 5e en -52kg.